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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 14:40

COMPLEXE D’INFERIORITE ET  HISTOIRE

 

Par Romain NGUENA

 

Chaque peuple a une histoire, qui à son insu, l’a façonné  au fil du temps, et qui influence son comportement ainsi que celui de ses individus. Les Africains, comme tous  les autres peuples de la terre, subissent aujourd’hui le poids de leur  histoire et ne peuvent en aucun cas échapper aux conséquences de nombreux avatars qui ont longtemps jalonné celle-ci. Seule cette histoire  est en mesure de donner l’explication la plus objective possible à la réalité du complexe d’infériorité qui a longtemps inhibé toute initiative de développement en Afrique et qui anesthésie aujourd’hui encore l’esprit des responsables africains face aux intérêts de leur peuple.

 

DU COMPLEXE D’INFERIORITE A LA  RECOLONISATION

 

L’on peut se poser la question de savoir comment une cinquantaine d’années après la proclamation des indépendances, un pays qui se dit indépendant peut se laisser spolier aussi sauvagement sans lever le petit doigt. Et se demander ce qui a pu anesthésier l’esprit des Africains au point où leurs dirigeants dans leur immense majorité ne savent plus où se trouve l’intérêt de leur peuple ? Comment expliquer que les pays asiatiques qui étaient au même niveau de développement que les pays africains ont aujourd’hui rattrapé leur retard et sont capables désormais d’aider l’Afrique ? Quand alors est-ce que l’Afrique quittera son statut d’éternel assisté ?

 

Une vingtaine d’années après les indépendances, le continent noir, désorganisé et affaibli par plusieurs siècles d’esclavage et plusieurs décennies de colonisation entrait sous la coupe du F.M.I. et de la Banque Mondiale. Ces organismes dits «  Institutions de Brettons Woods » qui de prime abord apparaissaient comme des médecins au chevet des  grands malades s’étaient faits remarquer par l’unicité de leur prescription thérapeutique. Tous les malades recevaient la même ordonnance bien que le degré  ou le type de mal ne furent pas le même. Il est vrai que  la pauvreté rampante fut toujours le dénominateur commun.

 Le Plan d’Ajustement Structurel (P.A.S.), principal cheval de bataille du grand argentier mondial, va se caractériser par une privatisation outrancière à travers le continent. Une privatisation à l’image de l’Afrique et qu’on ne peut rencontrer nulle part ailleurs dans le monde. Les Africains  vont assister impuissants à cette  privatisation tout à fait particulière : les sociétés d’état qui fonctionnent tant bien que mal  et qui ont le mérite de résoudre un problème  social tel que l’emploi vont être cédées  à des étrangers surtout européens. La quasi-totalité des sociétés privatisées est cédée au franc symbolique à des patrons occidentaux. Une politique d’ostracisme aveugle pratiquée dans certains pays et implicitement validée par les responsables va conduire à l’exclusion des nationaux de la compétition et favoriser la main mise des étrangers sur l’économie nationale. Cette dérive autodestructive   qui semble avoir implicitement été encouragée par les divers plans  d’ajustement structurel va accélérer dans certains domaines la perte de la souveraineté nationale.

 Le P.A.S. a joué son rôle : toutes les sociétés  de souveraineté telles que les sociétés d’énergie, de transport  ou de communication sont offertes sur un plateau d’argent aux multinationales européennes. Telles « des vautours sur un cadavre », les multinationales européennes une fois de plus  dévorent l’Afrique. Un nouvel ordre mondial impitoyable s’est encore abattu sur ce continent. C’est une nouvelle traversée du désert avec son lot de misère. Tout s’est passé comme si les «  Institutions de Brettons Woods »  avaient ordonné une spoliation pure et simple du continent, précipitant celui-ci dans une grande misère vers la fin des années quatre vingt.

 

Des intellectuels souvent bien formés pour lesquels le marché de l’emploi est fermé et qui n’arrivent pas à intégrer  le tissu économique de leur pays font leur entrée dans le nouveau paysage socio-économique rude et complexe. Depuis que les multinationales ont investi la plupart des domaines porteurs, on trouve de plus en plus d’ingénieurs et de techniciens bien formés qui n’arrivent pas à s’adapter au contexte socio-économique de leur propre pays. Ceci est de toute façon dû à l’acharnement avec lequel les sociétés multinationales occupent le moindre espace économique susceptible de donner une valeur ajoutée. Ces multinationales vampires, on les trouve partout, elles écument les ministères et sont à l’affût de tous les  « appels d’offre ». Ces vampires planent sur tous les «  appels d’offre » petits ou grands, susceptibles nourrir nos juniors entreprises nationales et leur permettre de survivre, de ne pas mourir avant même d’être nées. On dirait une sorte de recolonisation.

 

Cette recolonisation ne se réduit pas uniquement à l’occupation des espaces économiques ; elle va au-delà, l’immensité des chantiers d’exploitation minière contraste avec la paupérisation des populations des  zones minières, on dirait que les produits du sous-sol sont livrés gratuitement aux maîtres européens au regard de la misère croissante des populations. Le déboisement sauvage et inhumain contraste aussi avec la pauvreté rampante des populations dans les zones forestières. Dans les deux cas aucun compte n’est tenu de l’altération de l’écosystème. Pour exemple, nos forêts de montagnes qui arrêtent des vents pollués venant du désert sont sauvagement et impitoyablement déboisées sans que les responsables lèvent le petit doigt. Les exploitations  pétrolières et minières ne tiennent aucunement compte de l’aspect environnemental, elles contribuent à déstabiliser le climax jusque dans le milieu naturel des populations. De grandes étendues de surface sont irréversiblement polluées jusqu’à la nappe phréatique ; des sols empoisonnés rendent l’agriculture impossible.

Ce que nous venons de dire plus haut est un euphémisme au regard de la réalité  des conséquences de cette recolonisation rampante et envahissante.

 

D’OU PROVIENT CE COMPLEXE D’INFERIORITE QUI CONDUIT L’AFRIQUE A LA LETHARGIE ?

 

Quand on réfléchi à cette foule des questions qui taraudent la conscience, on aboutit à un constat évident : la perte de nos repères historiques qui entraîne automatiquement celle de nos repères socioculturels indispensables à la prise en main de notre destin en tant que peuple. Imaginons un géomètre qui a travaillé toute la journée et qui se rend compte le soir qu’il n’avait pas pris la peine de définir un repère pour son travail. Il n’est pas exagéré de comparer la situation de l’Afrique à la journée de travail de ce géomètre.

L’esclavage et la colonisation ont dépouillé l’Afrique, le continent n’a pas seulement été vidé de son potentiel humain,  il a également vécu un génocide culturel à une ampleur démesurée. Les différents avatars de l’histoire ont coupé l’Afrique de ses véritables antiquités effaçant ses repères d’identification. Même si nous pouvons revendiquer avec fierté l’héritage des grands empires tels que ceux du Mali, Ghana, Monomotapa et autres, il reste que tout un pan de notre histoire lointaine a non seulement été éludé mais falsifié, notamment la relation entre l’Afrique noire et l’Egypte ancienne ainsi que notre rôle dans la construction de la civilisation universelle. Et cela pose un problème de repère historique. Voila un continent qui a perdu le fil de son passé et qui doit survivre dans un ordre mondial impitoyable. C’est difficile. On peut ainsi comprendre, en essayant de répondre à cette foule de questions, l’origine du complexe d’infériorité qui envahit chaque Africain lorsqu’il est en face d’un Européen. Ce complexe qui tétanise l’attitude des  responsables africains en phase de négociations avec les responsables occidentaux.

Nous n’allons pas comme Senghor donner une explication innée ou fixiste à ce complexe d’infériorité qui n’est pas une fatalité et qui n’est en rien lié notre essence de nègre. L’histoire  avec tous ses avatars, ses accidents et ses périls en plus de la falsification de celle-ci semble être à l’origine de ce complexe d’infériorité que l’Africain n’arrive pas à assumer. Quel peuple serait sorti indemne de ces assauts répétés de l’histoire ?  Il va sans dire que les peuples qui ont perdu tout lien avec leur passé végètent sur la terre. Ils ne peuvent s’assumer historiquement que lorsqu’ils auront retrouvé le fil conducteur qui les relie à ce passé glorieux ou non. Imaginez un homme qui ne vit que son présent et qui est incapable d’explorer son passé pour y extirper la moindre fierté.

Ce n’est pas assez de répéter que ce complexe d’infériorité est une réalité ambiante qui aujourd’hui oriente le comportement et l’attitude  des responsables africains, les rendant improductifs lors des négociations et pendant la signature des accords, des contrats d’exploitation, des contrats de privatisation  et autres. Le peuple même s’il est laborieux ne peut produire le développement que si au préalable les contrats et les accords sont signés sans complexe, en toute indépendance et en toute équité. Les accords signés sous le complexe, la peur et la contrainte de nos maîtres occidentaux n’ont pour seul rôle que d’annihiler les efforts du peuple, semant ainsi le découragement et la misère au sein des populations. Comment alors se dépouiller de son complexe d’infériorité ?

 

LE POUVOIR DE L’HISTOIRE OU COMMENT SE DEBARRASSER DE SON COMPLEXE D’INFERIORITE ?

 

Il est vrai que face à la succession de périls qui ont accablé l’Afrique à un moment donné de son histoire, aucun peuple ne s’en serait sorti indemne, mais une prise de conscience la situation complexuelle née des différents avatars qui ont jalonné cette histoire est nécessaire à tout Africain qui voudrait se débarrasser de son complexe d’infériorité. Il s’agit ici de corriger certains effets de l’histoire sans se culpabiliser.

L’Africain qui regarde uniquement le niveau de développement actuel de l’Européen  est en effet émerveillé, s’il ne s’en tient qu’à cet aspect, il va très vite développer un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Européen. Mais l’Africain qui a étudié son histoire et qui est rentré dans ses antiquités pour se rendre compte du rôle qu’a joué l’Afrique dans l’édification de la civilisation universelle est moins enclin à ployer sous ce complexe.

Nous vous offrons de visiter quelques morceaux choisis qui cristallisent le rôle primordial qu’a joué l’Afrique au début de la civilisation et nous tenons à préciser que si mérite il y a, ce mérite revient à ceux qui dans le passé ont su hisser l’Afrique au sommet des nations pour lui donner le rôle de premier plan dans l’édification de la civilisation universelle et non à ceux qui peuplent l’Afrique aujourd’hui et le maintiennent à la traîne des nations.

Le fer est utilisé en Afrique depuis la préhistoire dans la région du Fouta Djalon (Guinée Conakry), une hache préhistorique en fer découverte dans cette région se trouvait parmi la collection d’objets présentés par la Société Préhistorique Française au 5ème Congrès Préhistorique de France de 1919 par Paul Gebhard[1]. L’utilisation du fer se serrait sédentarisée en Afrique centrale avant d’irradier vers l’Egypte,  l’Afrique australe, le reste de l’Afrique et plus tard l’Europe et le reste du monde. L’Afrique est incontestablement le siège des premiers foyers métallurgiques.

Pour Hérodote[2],  le père de l’Histoire, qui a visité l’Egypte « les Egyptiens avaient le teint noir et les cheveux crépus ». Le même Hérodote ajoute que « les Egyptiens furent les premiers à fixer les divisions de l’année, ils la partagèrent en douze mois de trente jours, et ils ajoutèrent cinq jours à chaque année pour établir un retour régulier de ce cycle ». Autrement dit le calendrier actuel, unanimement utilisé partout dans le monde et en phase avec la position des astres dans le système solaire, est indiscutablement une production africaine.

Dans son livre The African Past, Basil Davidson[3] écrit : « L’Egypte reçut plus qu’elle ne donna… L’Egypte ancienne fut essentiellement une colonie africaine. »

Cheick Anta Diop a démontré au Colloque d’Egyptologie organisé par l’UNESCO au Caire en 1974 la parenté directe entre le walaf (wolof) sa langue maternelle et l’égyptien antique (le copte). C’est également au cours de ce colloque qu’il a produit des préparations chimiques permettant de mettre en évidence la mélanine résiduelle sur la peau des momies égyptiennes.  

Même ayant perdu son indépendance, l’Egypte est restée l’institutrice de la Grèce pendant encore de nombreux siècles ; les théorèmes de Thalès et de Pythagore ont été retrouvés tels quels sur des papyrus égyptiens vieux de plus de trois mille ans. Les premiers concepts mathématiques et philosophiques ont pour siège l’Afrique longtemps avant que l’Europe n’y accédât.

 De son livre Ils y étaient avant Christophe Colomb Ivan Van Sertima[4] met en évidence l’étrange relation entre l’Afrique et l’Amérique précolombien. Selon lui, les Africains ont débarqué sur le continent américain plusieurs siècles avant Christophe Colomb ; les recherches archéologiques chaque jour lui donnent raison, d’énormes têtes négroïdes colossales découvertes au Mexique  étayent ce fait.

  L’Afrique doit s’approprier des vérités historiques de cette importance et en tirer tout le bénéfice sans  verser dans un narcissisme réducteur ; en outre les vérités historiques africaines ne doivent plus faire le voyage de l’occident pour être reconnues comme telles, celui-ci n’étant pas un centre de validation des vérités historiques.

   Cela dit, si les Africains peuvent prendre effectivement conscience de l’immensité du rôle qu’a joué l’Afrique non seulement dans la création mais dans l’irradiation de la civilisation sur toute la surface de la planète, en phase avec leur passé, ils seraient désormais capables de se dépouiller de leur complexe d’infériorité et en mesure d’assurer leur développement personnel et celui de leur pays.

Par ailleurs, l’histoire telle que enseignée dans les livres d’histoire produits par l’occident, de l’enseignement primaire jusqu’au l’enseignement supérieur, n’a pas aidé à créer un type d’Africains aptes à assurer le développement du continent. Dans ces conditions, nous avons été l’objet et non le sujet de notre propre histoire écrite par les autres. Qu’attendre donc d’une telle histoire qui porte les germes de notre retard actuel ? Cette histoire qui nous a plongés dans le flou anhistorique, qui a longtemps inhibé et qui inhibe toujours notre développement social, culturel et économique. L’urgence de l’introduction dans les programmes scolaires du contenu de l’Histoire Générale de l’Afrique rédigée sur la supervision de l’UNESCO avec l’encadrement des historiens africains tels que Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Dika Akwa et autres est signalée. Il est également temps que soient vulgarisées les conclusions du Colloque d’Egyptologie du Caire de 1974[5]. Cette histoire vulgarisée et mise à la portée de l’enfant africain dès les cycles primaire et secondaire favoriserait l’émergence d’un type d’Africains nouveaux peu enclins à la sujétion et à la chosification. 

Essayons de voir comment sur un plan tout à fait individuel, la conscience historique peut façonner un individu et le rendre apte à sauvegarder son intérêt personnel et celui de son peuple. L’histoire immédiate de quelques personnages choisis pourrait nous servir d’excipient pour entrevoir cette évidence.

Qui est Barthélemy BOGANDA ? Qui est Abel NGOUMBA ? Le premier, ancien prêtre, fut  le père de l’indépendance de la République Centrafricaine.. Le second  fut homme politique centrafricain, ancien recteur de l’Université de Bangui, professeur de médecine et ancien premier ministre. Voici en substance ce que le second dit du premier lors d’une interview : « Nous sommes dans les années mille neuf cent quarante, je suis inscrit à l’école de la mission catholique, l’abbé Barthélemy est chargé de nous enseigner le catéchisme. Outre le catéchisme, l’abbé Barthélemy nous enseignait aussi qu’il y a 5000 ans, une civilisation scientifique nègre avait existée en Egypte. Que cette civilisation avait inventé les mathématiques et les concepts philosophiques longtemps avant que l’occident n’y accédât. Que c’est cette civilisation négro-africaine qui sécréta les temples et les pyramides que nous admirons aujourd’hui en Egypte et en Nubie… »

Qui a connu le comportement de ces deux leaders politiques dans l’arène politique centrafricaine ne douterait pas qu’ils ont certainement été influencés par cette connaissance profonde du passé africain et de ses antiquités à un moment où l’Afrique était dans la nuit noire.

 Depuis les années cinquante jusqu’à l’aube des indépendances, Barthélemy BOGANDA pense que les micros états africains seront condamnés à végéter dans le monde. Il est réaliste, visionnaire et trouve utopique l’union immédiate de tous les états du continent. Il pense à des regroupements d’états pouvant faire le poids face aux états impérialistes qui cherchent à inhiber tout espoir de développement en Afrique en perpétuant  l’étau colonial. Il pense pour l’Afrique centrale à l’Union de l’Afrique Latine réunissant les pays ayant en commun les langues latines et qui sera en mesure d’impulser le développement économique de la région.

Quant au Pr. Abel NGOUMBA  qui a suivi avec beaucoup d’intérêt les leçons d’histoire du prestigieux maître, il croisa dans l’arène politique de son pays des caporaux érigés en empereur, des généraux spécialistes des intérêts individuels et des coups d’état, des hommes politiques véreux et sans scrupule. Mais rien n’ébranla sa détermination pour une République Centrafricaine garante des intérêts de son peuple. Cet ancien professeur de médecine a passé toute sa vie à lutter pour que la République Centrafricaine découvre la liberté pour le bien être de tous ses enfants. S’il n’a pas réussi, ce n’est pas faute de  s’être  battu.

Aujourd’hui, tous deux ont disparu, les Centrafricains rêvèrent leur mémoire et ils sont des exemples à suivre par la postérité.

Au regard de l’œuvre de FANON, l’on se rend bien compte qu’il a certainement été influencé par une très grande connaissance de son passé de nègre. Il prend à contre pied HEGEL : « Je n’étais pas un demi homme, pas davantage un animal, j’appartenais à cette race qui il y a 2000 ans travaillait déjà le fer ». Au moment où FANON réitère ce fait historique indiscutable dans « Peau noire, masques blancs », il n’oublie pas que la planète vit l’ère industrielle qui est celle du fer ; il n’oublie pas non plus que la science comme la technique sont un patrimoine commun à toute l’humanité et que tous les peuples de la terre ont contribué à les hisser au niveau où elles se trouvent. Il ne  faudrait donc  pas que ceux qui croient piloter la science aujourd’hui oublient que celle-ci est un processus commencé depuis des millénaires et que les premières pièces du puzzle  sont tout aussi importantes que les pièces intermédiaires et les dernières.

On  peut comprendre ainsi toute la passion et l’acharnement qui ont guidé FANON dans toute son œuvre et dans sa lutte contre la perpétuation de l’étau colonial.

Aimé CESAIRE est poète mondialement célèbre ; SENGHOR disait de lui qu’il est agrégé des lettres, et qu’il a une culture si vaste qu’il aurait  pu être indifféremment agrégé  d’histoire, de géographie ou de philosophie…

Bien que natif des Antilles, CESAIRE connaissait profondément les antiquités africaines et cela transparaît dans toute son œuvre. Il parle « des véritables fils aînés du monde » s’agissant des Nègres.  «  Non, nous n’avons jamais été amazones du roi de Dahomey, ni princes de Ghana avec huit cent chameaux ni docteurs à Tombouctou Askia le Grand étant roi, ni architectes de  Djenné… »  dit-il ironiquement dans  «  Cahier d’un retour au pays natal. »

 La Négritude césairienne plonge  ses racines dans  cette grande connaissance des antiquités africaines. On peut aujourd’hui mesurer le travail de « décomplexification »  réalisé par la Négritude césairienne à travers l’influence qu’elle a exercé et exerce encore sur  la plupart des intellectuels africains. On peut certes croire que l’Afrique peine à se réapproprier son identité, mais on ne peut pas ignorer le chemin parcouru grâce en partie au mouvement de la Négritude qui indiscutablement repose sur des fondements historiques.

 Aujourd’hui nombre d’intellectuels africains savent à peu près quels sont les problèmes du continent et sont en mesure d’en débattre  et proposer des solutions. Et pour paraphraser FANON, chaque génération dans une relative opacité, trouve son équation et doit s’y attaquer quelque soit sa complexité. L’Afrique ne peut-elle pas aspirer à grossir le rang des pays émergents ?

 

Quelle a été l’influence de l’histoire sur le développement des pays dits  « émergents » ?

La plupart de ces pays ont, comme l’Afrique, subi une colonisation tout aussi rude et insidieuse. Si le génocide culturel a réussi à inhiber la mémoire historique en Afrique, il n’a cependant pas eu droit de cité en Asie. Le Chinois par exemple  apprend  l’anglais pour communiquer avec l’extérieur, mais il n’a jamais abandonné sa langue ou le mandarin. Chacun des deux milliards de Chinois sait qu’il a une histoire qui plus est millénaire. Le chinois vit son histoire au jour le jour ; dans les actes, les faits et les gestes de chaque jour, le chinois vit son histoire. Une facture d’électricité est libellée en chinois, les élèves  et les fonctionnaires lisent  et écrivent la langue chinoise ; les actes administratifs, l’hymne et tous les symboles de souveraineté sont en chinois. L’inconscient collectif chinois a eu le temps de phagocyter la souveraineté culturelle et historique de ce peuple. Le Chinois est à ce titre aujourd’hui  sujet de sa propre histoire.

Au regard de ce qui précède, le Chinois qui est en négociation avec un partenaire européen n’est pas handicapé par un quelconque complexe d’infériorité, car, issu d’un peuple ayant une civilisation millénaire, ayant lui-même pris conscience depuis sa tendre enfance de ce fait, il est dès lors libéré de ce complexe envahissant qui enveloppe l’Africain et le place toujours en position de compromission avec les autres.

On peut ainsi comprendre pourquoi les Africains à quelque niveau que ce soit (pourparlers, négociations, fixation des taux, contrats d’exploitation…) finissent toujours par « avaler les couleuvres ».

 Un peuple qui ne développe aucune fierté personnelle parce que ne connaissant pas son histoire, parce que coupé de ses antiquités, parce que sans repères historiques est condamné à végéter dans le monde. L’individu issu d’un tel peuple se reconnaît par son insouciance, sa facile sujétion à l’étranger et par son incapacité à garder sa dignité et sauvegarder ses intérêts et ceux de son peuple face à un partenaire déterminé. Ceci peut expliquer pourquoi depuis des décennies, nous n’avons pas évolué, et pourquoi les autres, qui étaient au même niveau de développement que nous sont en passe de devenir les premiers.

Le Brésil bien qu’étant une mosaïque de peuples a  le mérite de maîtriser son histoire récente qui est l’âme de son développement. Les Brésiliens savent très bien que de la diversité à la fois historique et culturelle dépend le développement à la fois économique, industriel et social de leur pays. Le président Lula n’a  pas manqué de noter la carence historique qui inhibe le développement de l’Afrique en appelant celle-ci à assumer sa propre histoire. Lors d’une de ses  tournées en Afrique et devant ses pairs africains, il a demandé à l’Afrique de   « revisiter son passé », il a cité le célèbre écrivain nigérian CHINUA ACHEBE : « Si tu ne veux pas l’histoire écrite par les autres, écris ta propre histoire »

 Revenons à l’Egypte ancienne pour nous rendre compte que si l’Egypte a pu générer une civilisation prospère qui nous intrigue encore aujourd’hui, c’est bien parce que ce pays n’a pas eu de rupture historique depuis Ménes[6] jusqu’au dernier pharaon Nectanébo II[7] . Depuis plus de 4000 ans l’Egypte a fonctionné sans discontinuité historique, les us et les coutumes, la science et la technologie se transmettant sans discontinuité de génération en génération. Pendant les invasions grecques et romaines, les puissances occupantes ont adopté les us et coutumes de l’Egypte et utilisé les sciences et les technologies égyptiennes ; chose rare dans l’histoire car l’Égypte est l’un des rares peuples qui, bien que vaincu militairement et politiquement, a continué d’abreuver sans discontinuer  ses nouveaux maîtres de sa science et de sa technologie. Et c’est là la force de l’histoire.

 

EN GUISE DE CONCLUSION

 

Une Afrique qui aspire à un  développement socioéconomique  devra retrouver et rétablir le lien historique qui le relie à ses antiquités. Il n’est pas utopique de penser fortement à ressusciter  l’égyptien antique  pour en faire une langue africaine, parlée du Cap  jusqu’à Tunis. Elle pourrait servir non seulement  de ciment de l’unité africaine, mais contribuer à faciliter les échanges tous azimuts entre états du continent.

Le hébreux, contenu dans la torah et parlé encore et rarement par des familles juives émigrées en Europe autour du treizième siècle était  presque devenu une langue morte au moment de la création de l’état d’Israël en 1948, il a fallut que des philologues  se mettent au travail pour pouvoir en faire une langue moderne et scientifique. Ce même travail peut être fait pour l’égyptien, l’avantage ici est que l’égyptien antique, langue d’origine africaine, serait facilement assimilable par les Africains qui pourraient y reconnaître certaines formes verbales et une partie de leur vocabulaire quotidien. L’égyptien antique est par ailleurs déjà une langue scientifique par excellence  depuis des millénaires ; elle a servi de support à toute la science et la technologie qui ont permis la construction des pyramides et des grands temples. L’Africain moderne qui parle et écrit sa propre langue sera en mesure de se débarrasser de son complexe d’infériorité, ce véritable carcan qui le place  dans une situation de perpétuelle compromission face à des partenaires de plus en plus déterminés.

Il ne s’agit pas d’abandonner la lutte pour la survie dans un monde globalisé où tous les coups sont permis pour se mettre à scruter dans un lyrisme débridé le passé glorieux de l’Afrique. Il s’agit de procéder à la déconstruction de cette attitude de compromission permanente qu’affichent les responsables africains face à des  partenaires à la fois ambitieux et déterminés. L’Afrique doit se servir de son passé pour construire son présent et préparer son futur.

 Au-delà de l’histoire, il y a la culture et aucun peuple (jusqu’à ce que le contraire soit prouvé) n’a jamais réussi son développement économique et industriel en s’appuyant exclusivement sur une culture d’emprunt. C’est surtout à l’intérieur de sa propre culture ou dans les contours  de son histoire que les peuples ont trouvé les meilleurs ingrédients de leur propre développement. Cela a été vrai pour la Chine, le Brésil, l’Inde et les autres. Comment pourrait-il en être autrement pour l’Afrique ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets.

 

Romain NGUENA 

 

 

[1]  Paul Gebhard, anthropologue américain né en 1917 au Colorado

 

[2]    Hérodote, historien grec né vers 484 avant J. C., mort vers 420 avant J.C. et considéré comme « le père de l’histoire ».

 

[3]    Basil Davidson, historien, sociologue et journaliste anglais né en 1914 et décédé en 2010

 

[4]    Ivan Van Sertima, écrivain et chercheur sud américain d’origine guyanaise né en 1935 aujourd’hui décédé

 

[5]      Le Colloque du Caire a porté sur « Le peuplement de l’Egypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique ».

         Contacté par l’UNESCO pour la rédaction de l’histoire générale de l’Afrique le Pr DIOP, assisté du Pr OBENGA  va

         soumettre au cours de ce colloque,  l’ensemble des résultats de ses thèses à la critique sans complaisance de la

         communauté scientifique internationale (mise en évidence à partir des préparations en laboratoire de la mélanine

         résiduelle sur la peau des momies égyptiennes, parenté linguistique entre l’égyptien ancien et le walaf -sa langue

         maternelle-, témoignage des écrivains anciens contemporains des égyptiens…)

       Quelques conclusions du Colloque du Caire :

                  -  Pr Vercoutter (académicien) : « l’Egypte est africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de

                                                                       penser. »

                  -  Pr Leclant  (académicien) :       « Reconnait le caractère africain de la civilisation de l’Egypte dans son

                                                                        tempérament et dans sa manière de penser »

                  -  Pr Sauneron (chef de file de l’Egyptologie française)

                                                                       « L’égyptien est une langue stable depuis plus de 4500 ans, l’Egypte étant placée

                                                                       au point de convergence des influences  étrangères, il est normal que des

                                                                       emprunts ont été faits auprès des langues étrangères. L’égyptien ne peut être

                                                                       séparé de son essence africaine malgré les emprunts. »

[6]  Ménes fût le premier pharaon de la première dynastie. Africain de race noire il réunifia la

         Haute Egypte et la Basse Egypte.

[7]    Nectanébo est le dernier pharaon autochtone d’Egypte, il fut chassé par les perse et se réfugia en Haute Egypte  

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 19:54

La non séparation des pouvoirs : Un frein au développement durable des pays africains : Cas du Cameroun

Par Charles Tamba

 

La séparation des pouvoirs fait allusion au concept de la démocratie. Dans les lignes qui suivent, nous voulons analyser l’impact de la non séparation des pouvoirs sur le développement durable en Afrique.

 

La démocratie est-elle sans rapport avec le développement durable ?

 

Plusieurs rapports des Nations-Unies soutiennent que la démocratie et le développement durable sont deux concepts qui sont intimement liés. L’un a besoin de l’autre pour se consolider. Un rapport récent de l’UNESCO affirme : « Pour se consolider, la démocratie politique doit trouver son prolongement dans des mesures économiques et sociales qui favorisent le développement, de même que toute stratégie de développement a besoin, pour être mise en œuvre, d’être validée et renforcée par la participation démocratique. » Par conséquent, la démocratie c’est-à-dire le pluralisme idéologique, le respect des droits et libertés des personnes, la justice sociale sont des valeurs qui créent des conditions optimales pour le développement durable dans un pays. Autrement dit, il est plus difficile d’avoir un développement durable dans un pays où l’état ne respecte pas les droits et libertés des personnes et ne garantit pas la justice sociale aux citoyens. Selon les Nations-Unies, sans la paix, il ne saurait y avoir ni démocratie, ni développement, ni même expansion du commerce, investissement et croissance économique.

 

La séparation des pouvoirs 

Elle est un des facteurs clés de succès pour un développement durable. Les pays riches qui ont connu également dans le passé des instabilités économiques, sociales et politiques ont compris qu’il faut mettre en place des institutions indépendantes, c’est-à-dire une séparation des pouvoirs qui garantissent les droits et libertés des personnes, appliquent la justice et assurent la sécurité aux citoyens. Aujourd’hui ces pays jouissent d’une stabilité politique certaine et procurent une meilleure qualité de vie à leurs populations. Ces bonnes pratiques, qui ont démontré leur efficacité, devraient être reprises et appliquées dans les pays Africains. 

La séparation des pouvoirs consiste en larépartition des différentes fonctions de l'État. Par ce principe, les fonctions de l’État sont confiées à différentes composantes de celui-ci. L'objectif de cette séparation des pouvoirs est d'avoir des institutions étatiques qui tout en se contrôlant et s’équilibrant mutuellement du fait de leur indépendance, garantissent au mieux le respect des droits et libertés des individus, la justice et la sécurité à tous.

Aussi la séparation des pouvoirs est aujourd'hui un élément fondamental des régimes réellement démocratiques dans le monde. Historiquement, il existe 3 types de pouvoir :

  • le pouvoir législatif, confié à un parlement élu par le peuple (députés ou législateurs) dont le rôle supposé est de créer les lois ou voter les lois proposées par le pouvoir exécutif après des éventuels amendements.
  • le pouvoir exécutif, confié à un gouvernement composé d'un premier ministre et des ministres; et à la tête duquel se trouve un chef d'État et/ou de gouvernement. Le pouvoir exécutif a pour rôle de veiller à l’application des lois votées par le parlement.
  • le pouvoir judiciaire, communément appelé troisième pouvoir, est confié aux magistrats, procureurs et avocats. Son rôle est de trancher tous les litiges dont il est saisi en disant la loi. 

Dans la majorité des états Africains, ces 3 pouvoirs sont représentés, mais ne fonctionnent pas correctement.

 

Les origines des dictatures

Dans le principe, il doit y avoir une indépendance totale entre les pouvoirs, un équilibre permettant que chaque pouvoir limite les pouvoirs de l’autre et un contrôle réciproque permettant qu’un des pouvoirs ne viole pas les droits et libertés des personnes. Le pouvoir judiciaire doit être assez fort pour ne subir aucune pression de la part du législatif et de l’exécutif afin qu’il applique sereinement une justice équitable à tous les citoyens, aux personnes morales et aux institutions qui le saisissent. Si une seule personne ou un groupe restreint de personnes concentrent en leurs mains tous les pouvoirs de l’État, il y aura risque d’abus de pouvoir et la dictature s’installe. En effet, tout homme ou femme qui a du pouvoir est porté à en abuser jusqu’à ce que des limites lui soient imposées par le système.

Force est de constater que dans la majorité des pays Africains, il n’y a pas de véritable séparation des pouvoirs. Les pouvoirs législatifs et judiciaires sont à la solde de l’exécutif (Président de la république). Par conséquent, les pouvoirs se trouvent souvent concentrés entre les mains d’une seule personne qui dirigent le pays comme bon lui semble et instaure la dictature.

Comment éradiquer les dictatures

Pour s’assurer un développement durable, les pays Africains devront donc œuvrer pour mettre en place une réelle séparation des pouvoirs. La mise en place des institutions fortes et indépendantes permettra aux Africains de se prendre en charge et d’être responsables de leurs propres destins. Ceci donnerait alors moins de prétextes aux pays occidentaux pour s’ingérer dans leurs affaires souvent dans le seul but de protéger et de pérenniser leurs intérêts hégémoniques et économiques. Le monde est un village planétaire dans lequel les pays devraient avoir des relations d’affaires dans le but de procurer une meilleure qualité de vie à leurs peuples respectifs. Aucun pays ne pouvant vivre en autarcie et satisfaire totalement tous les besoins de son peuple, une symbiose qui garantit une relation à bénéfice réciproque (gagnant-gagnant) entre les pays est donc plus que souhaitable.

Si les pays Africains veulent être respectés et entretenir des relations d’affaires équitables, dans lesquelles leurs intérêts seront sauvegardés, avec les autres États souverains dans le monde, il faudrait qu’ils commencent par mettre de l’ordre chez eux. Le monde a changé. Aujourd’hui les peuples ne se soucient pas seulement de leur sécurité alimentaire (besoins primaires) mais ils ont aussi besoin que leurs droits et libertés soient respectés. Les leaders qui ne l’auront pas compris vont malheureusement rater le train de l’histoire.

On peut parfois comprendre que les pays occidentaux interviennent pour protéger les vies humaines dans les pays où les dictateurs bafouent les droits et libertés des personnes, entravent la justice, ordonnent aux forces de l’ordre de tirer sur leurs propres populations dans le but de se maintenir au pouvoir sans tenir compte des aspirations de leurs peuples. Nous avons connu récemment les cas dramatiques de la Tunisie, Égypte, Syrie, Yémen, Lybie. On peut se poser la question légitime pourquoi ont-ils intervenu en Lybie et pas en Syrie ni au Yémen ? (2 poids 2 mesures probablement pour des raisons stratégiques /géopolitiques…Ne soyons pas dupe, il n’y a pas que les raisons humanitaires qui motivent les occidentaux mais il y a surtout les intérêts hégémoniques et économiques… C’est la vie. Nous vivons dans un monde des affaires…où chaque pays doit savoir protéger ses intérêts). En ce qui concerne la Libye, Kadhafi a développé son pays et offert à son peuple une meilleure qualité de vie comparativement à d’autres pays d’Afrique. Malheureusement sur le plan du respect des droits et libertés des personnes, justice sociale, il ne semble pas avoir été à l’écoute des aspirations de son peuple. Nous connaissons tous la suite….

Les dirigeants Africains doivent comprendre la nécessité de mettre en place des institutions indépendantes avec une véritable séparation des pouvoirs qui garantira une bonne gouvernance. Les maux qui caractérisent les pays où il n’y a pas de séparation des pouvoirs, corollaire indispensable d’une véritable démocratie (corruption, pauvreté, faible croissance économique, insécurité, manque d’infrastructure de santé, éducatives, routières, etc.) auront tendance à disparaître avec la mise en place d’une séparation des pouvoirs effective. Chaque pouvoir exercera alors un contrôle sur l’autre afin de s’assurer de sauvegarder l’intérêt supérieur de la nation.

Cas du Cameroun 

Certains pays Africains, à l’instar du Ghana, ont compris ce principe de bonne gouvernance et sont en voie de faire partie de la liste des pays émergents d’ici quelques années. En revanche les pays comme le Cameroun traînent lourdement leurs pieds dans le dossier de la bonne gouvernance. En conséquence, ce pays s’est considérablement appauvri, faisant son entrée dans le club des pays pauvres très endettés (PPTE) sous le règne du Président Paul Biya. Le Cameroun est pourtant doté de richesses naturelles et humaines considérables. À mon humble avis, l’absence d’une véritable séparation des pouvoirs en est la principale cause. Les dés paraissent déjà pipés pour l’élection présidentielle prévue le 9 Octobre 2011 (si elle a lieu…) car le pays ne s’est pas doté des institutions indépendantes qui garantiront des élections justes, transparentes et équitables. Voici un bon prétexte donné aux occidentaux pour s’immiscer dans les affaires intérieures du Cameroun; En effet le cas du Cameroun pourrait représenter un risque d’instabilité dans la sous-région d’Afrique Centrale à la suite de nombreuses contestations des résultats de cette élection présidentielle.

En tant que Camerounais, je rejette toute forme de guerre qui cause des souffrances aux êtres humains  et détruit tout autour de nous. Je prône l’amour, la sagesse humaine et l’espoir. C’est la raison pour laquelle, Je prie le Président Paul Biya de prendre le courage de parler à son peuple, de reconnaître ses erreurs. Paul Biya devrait faire comprendre à son peuple qu’il a géré le Cameroun au meilleur de ses compétences et en tenant compte du contexte mondial. Mais l’heure est venue pour lui d’annoncer à ses citoyens sa retraite de la vie politique après près de 30 ans de règne. Une telle décision constituerait une sortie historique et honorable pour l’intérêt supérieur de la nation. Et je suis convaincu que la majorité des Camerounais applaudiront cette décision et pardonneront à leur leader ses erreurs et manquements passés.

Compte tenu des délais courts qui ne permettent pas d’organiser des élections transparentes, justes et équitables, la date de l’élection présidentielle du 9 Octobre 2011 devrait être reportée de 6 mois.  La loi électorale devra être révisée par une commission crédible et indépendante dont l’un des mandats sera de proposer une refonte totale d’ELECAM (ÉLEction CAMeroun est un organe crée par le pouvoir en place, chargé d’organiser les élections au Cameroun. Cet organe jugé trop proche du pouvoir est critiqué par les partis d’opposition et certains représentants de la société civile) afin qu’il soit représentatif de toutes les sensibilités politiques, incluant les représentants de la société civile. Un nouveau président devra être élu démocratiquement par tous les Camerounais de l’intérieur et de l’extérieur sans distinction (reconnaissance de la double nationalité), sur la base de son programme de société et non sur une base ethnique ou corporatiste. Une des priorités de ce nouveau leader devra être de mettre en place une véritable séparation des pouvoirs. Il devra œuvrer pour changer les mentalités de ses concitoyens (encourager l’esprit d’amour pour son pays) et assurer un développement durable du pays. Les Camerounais devront apprendre à dire avec John F. Kennedy « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays. » La constitution devra être révisée à nouveau pour ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans renouvelable une seule fois.

Par ailleurs le nouveau Chef de l’état devra créer une commission de réconciliation nationale comme Nelson Mandela l’a fait en Afrique du Sud en son temps, afin de permettre aux Camerounais de tourner la page de l’ère Paul Biya sans rancune ni vengeance, les exhortant à se remettre au travail pour assurer un avenir meilleur aux générations actuelles et futures.

Les Chefs d’états Africains devraient apprendre de leurs erreurs et de celles de leurs homologues qui infligent inutilement des souffrances à leurs peuples qu’ils sont censés protéger et garantir leur épanouissement. Ils devraient s’assurer de ne pas persister dans leurs erreurs au risque de subir la sentence de l’histoire contemporaine et future.

 

Charles Tamba

 

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